Les Carmina Centulensia, étude historique et traduction

 

Résumé : Les Carmina Centulensia représentent une collection de cent soixante-et-onze pièces poétiques écrites en vers, probablement au monastère carolingien de Centula, aujourd’hui Saint-Riquier. Cette collection, qui se trouve dans deux manuscrits du IXe siècle conservés à la bibliothèque royale de Bruxelles, le 10470-10473 et le 10859, ne devant former qu’un seul volume à l’origine, a été éditée par Ludwig Traube dans le volume III des Poetae Latini aevi Carolini. Les poèmes ont été attribués à trois moines de l’abbaye du Ponthieu, Micon, Frédigard et Odulf, et sont de forme et de nature variées.Le critère de la forme poétique unique n’explique peut-être point à lui seul la réunion de toutes ces pièces d’autant qu’on trouve, à l’ouverture de la collection, un petit texte en prose présentant un corpusculum grammatical dont Micon lui-même revendique la paternité. Il nous faudra poser la question des attributions, de possibles datations, et chercher à identifier un compilateur ou peut-être un commanditaire afin d’identifier la fonction d’un tel recueil. Il nous faudra aussi questionner les choix de l’édition des MGH, notamment l’ajout des poèmes du manuscrit 10859. Malgré leur diversité, les Carmina Centulensia paraissent relever du genre de l’épigramme que des auteurs carolingiens comme Alcuin ou Raban Maur pratiquèrent volontiers. Nous nous proposons donc d’aborder la collection sous cet angle en étudiant les éventuels modèles qui auraient pu être utilisés, les sources poétiques mais aussi les filiations dans lesquelles les auteurs auraient cherché à s’insérer, ainsi que les innovations qui auraient pu être mises en œuvre d’aventure par ces textes. La notion d’épigramme nous permettra de questionner cet ensemble qui peut-être en retour nous permettra de questionner le genre-même de l’épigramme. Il conviendra également de débusquer des liens possibles entre ces textes et d’autres genres appréciés à l’époque carolingienne. Par l’origine du manuscrit, par les textes au sein desquels les Carmina ont été insérés, par les auteurs auxquels les textes sont attribués mais aussi par les sujets de plusieurs poèmes, la collection est reliée au monastère de Saint-Riquier. Nous analyserons, en tenant compte de la littérature critique, les renseignement que ces poèmes peuvent nous donner sur la vie monastique dans l’abbaye, sur les lieux et leurs usages, sur des éléments de liturgie, sur les stratégies adoptées par les abbés, mais aussi sur les réseaux au sein desquels s’inscrivait la communauté au moment de la réalisation du manuscrit. Il nous faudra mettre en lien ces informations avec d’autres textes émanant du monastère, notamment la chronique d’Hariulf. Enfin, considérant les épigrammes comme des témoignages sur l’identité culturelle de la société qui les produit, nous envisageons d’examiner les apports de ce recueil pour ce qui relève de la culture carolingienne littéraire, religieuse … Ce travail comprendra notamment une traduction de travail, une édition. L’entreprise de traduction, à notre connaissance, telle qu’elle se présente, offrira une première traduction de ce corpus en langue moderne, cette traduction faisant partie intégrante du travail d’analyse historique.

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