Les anges du Palais. Eunuques, trisexuation et pouvoir à Byzance (IVe-VIIe siècle)

Par Georges Jablobnski-Sideris, Maître de conférence à l’Inspé de Paris – Sorbonne Université, chercheur à l’UMR 8167 Orient & Méditerranée, au Collège de France.

À l’occasion de la publication en 2025 de son ouvrage (Georges Jablobnski-Sideris, Les anges du Palais. Eunuques, trisexuation et pouvoir à Byzance (IVe-VIIe siècle), 2 tomes, Turnhout, Brepols, 2025,954 p. – ISBN: 978-2-503-61205-8 (br.) / ISBN: 978-2-503-61415-1 (E-book), 165€).

Entre le IVe et le VIIe siècle, l’empire byzantin connaît une révolution des sexes et des genres qui s’enracine au sein du Palais impérial de Constantinople. La réorganisation du service impérial au Palais influencée par les conceptions médico-juridiques et les impératifs moraux de l’aristocratie et du christianisme, conduit les empereurs à s’appuyer sur un grand nombre d’eunuques. Ces derniers constituent alors un « troisième sexe » composé de plusieurs genres. Cet ordre social et politique, que l’auteur qualifie de trisexuation, rompt avec le binarisme occidental. Les eunuques deviennent un corps domestique et administratif — l’eunucat d’État. Chargés de la Chambre, de la protection de l’Empereur et de l’Impératrice et de leurs finances, ils étendent leur influence sur les nominations et la gestion des domaines impériaux. Conseiller des souverains, ce corps riche et puissant inaugure au VIIe siècle une « politique des eunuques ». Dès Justinien, certains deviennent généraux ou gouverneurs de provinces, d’autres embrassent la vie religieuse, moines, prêtres, patriarches, saint·es ou martyrs, introduisant une certaine fluidité dans les frontières rigides entre les genres. Les anges eux-mêmes, serviteurs du Souverain céleste, empruntent l’esthétique des eunuques impériaux, faisant du Palais terrestre le reflet de la Cour céleste.

Ce livre propose une analyse approfondie de l’ordre trisexué byzantin et de l’influence déterminante des eunuques dans les sphères de pouvoir de l’Empire. Il explore aussi la rupture épistémologique que constitue cette conception orientale vis-à-vis d’une historiographie classique encore souvent tributaire de représentations héritées des impérialismes binaristes occidentaux et coloniaux.


Maître de conférences en histoire médiévale, Georges Jablonski-Sidéris enseigne à l’Inspé de Paris – Sorbonne Université. Chercheur à l’UMR 8167 Orient & Méditerranée, équipe Monde byzantin, au Collège de France, il concentre ses recherches sur le pouvoir, les eunuques, les sexes et genres, à Byzance, avec une approche épistémologique non binaire tout en étudiant la santé et la médecine notamment au travers des miracles de guérison. Il est également spécialiste d’histoire et de pédagogie queer.

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