- Doctorant depuis 2025 avec Cécile VOYER (CESCM)
- samuel.grassin@univ-poitiers.fr
Que recherchez-vous ?
Un contenu sur ce site
Une personne sur l'annuaire
Une formation sur le catalogue
Un contenu sur ce site
Une personne sur l'annuaire
Une formation sur le catalogue
Les images du Miroir Historial de Jacques d’Armagnac : Français 50, Français 51 (BnF), Condé 722 (Chantilly), étude monographique
Mots-clés : Manuscrits – Enluminure – XVe siècle – Narration – Histoire culturelle
Résumé : Le Miroir Historial est une somme historique centrale pour le Moyen Âge occidental. Il s’agit de la traduction en français du Speculum Historiale, qui constitue une partie du grand projet encyclopédique qu’est le Speculum Maius, composé au XIIIᵉ siècle par le dominicain Vincent de Beauvais. Si le Speculum Maius est initialement destiné à l’instruction des clercs, sa partie Historiale connaîtra un grand succès, menant à une traduction en français par Jean de Vignay au XIVᵉ siècle. Cette traduction naît dans un contexte d’essor de la lecture et de la bibliophilie chez la noblesse lettrée, ainsi que d’une conception nouvelle et plus personnelle de l’objet livre qui devient un bien à la fois prestigieux et intime. C’est dans ce contexte que Jacques d’Armagnac, important bibliophile, commande aux alentours de 1460 une copie enluminée du Miroir Historial. Composé de trois volumes, dont deux sont conservés à la BnF (Français 50 et 51) et un au musée Condé de Chantilly (Condé 722), ce Miroir Historial est un objet de luxe renfermant 506 enluminures réparties sur les trois volumes. Ces images sont réalisées dans un style caractéristique de l’enluminure parisienne du XVᵉ siècle, qui puise des influences dans plusieurs foyers artistiques européens, particulièrement l’Italie et les Flandres. Ce projet de thèse proposera donc un premier travail monographique au sujet de ces manuscrits qui n’ont jusqu’ici été étudiés que de manière très marginale. Cette étude mobilise à nos yeux trois enjeux principaux : les techniques visuelles mises au service de la structuration des images, la question de la spécificité de l’objet livre et ce qu’il permet aux images, et la relation entre le concepteur des images et son public. La question de la mise en scène sera abordée via les outils de la sémiotique, qui permettront l’ébauche d’une grammaire visuelle des images de ces manuscrits qui, sans tomber dans une systématisation aveugle, servira de socle à notre analyse. Cet axe permettra d’aborder la manière dont le fond sémantique de l’image est mis en valeur par sa forme : quelle technique, quel élément de langage visuel est utilisé pour véhiculer telle émotion ou tel message dans un contexte narratif ? Ensuite, si, en tant que peintures de manuscrit, ces images sont indissociables du texte qui les accompagne, il est néanmoins possible de repenser cette relation d’interdépendance en prenant de la distance avec la question de la transposition de la narration textuelle en narration visuelle. Ce travail s’interrogera sur les manières dont l’objet livre conditionne la forme et la fonction de l’image, en posant la question de la spécificité du médium. Ces réflexions permettront de mettre en lumière des formes de mise en scène spécifiques à la peinture de manuscrit. Dans le contexte de l’essor du tableau et du début de l’imprimerie, il sera ainsi pertinent de singulariser le médium qu’est le manuscrit, et de questionner la conscience qu’avaient les concepteurs d’image médiévaux de ces singularités. Dans le prolongement de cette réflexion, nous poserons enfin la question de la relation entre le concepteur des images et leur commanditaire. Dans une société où le livre devient un objet personnel et personnalisé, avec des mécènes qui prennent une part importante dans la conception de leurs livres (en témoigne la très grande production de livres d’heures), l’articulation entre artiste et observateur se fait de plus en plus complexe. Il sera ainsi possible d’aborder dans un premier temps la part prise par le mécène dans le choix des scènes enluminées et dans la façon dont elles sont mises en scène, avec de potentielles préférences pour certains thèmes ou certaines formes. Enfin, sera étudiée la part de travail que le concepteur de images laisse à l’observateur, en s’appuyant sur ses connaissances et sa capacité à intégrer le langage formel de nouvelles images.