- Doctorante depuis 2024 avec Cécile VOYER (CESCM), en cotutelle avec Kristine TANTON (Université de Montréal)
- marion.fauqueur@univ-poitiers.fr
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Le rôle des images-objets dans la christianisation de l’Irlande et des îles Britanniques (Ve-IXe siècles)
Mots-clés : Productions matérielles – Agentivité des images – Théorie de l’acteur-réseau (ANT) – Haut Moyen Âge – Christianisation – Irlande – Angleterre – Écosse
Résumé : Les images agissent sur les spectateurs qui les observent ou qui les touchent. C’est une idée qui a largement été analysée par les historiens de l’art et les anthropologues, notamment en ce qui concerne les images religieuses du Moyen Âge. Pourtant l’historiographie, si elle s’est intéressée à la christianisation de l’Irlande et des îles Britanniques entre les Ve et IXe siècles, a mis peu d’importance dans le rôle des images là où, justement, celle-ci a dû être considérable pour convertir des populations non-occidentales et leur enseigner des principes chrétiens. Les théories développées autour de l’agentivité des images démontrent une influence certaine de celles-ci, tandis que les productions irlandaises, anglo-saxonnes et pictes montrent une réception du christianisme, autant de la part des artisans qui les produisaient, que des spectateurs qui recevaient visuellement ces productions et les appréhendaient, à la fois par rapport au christianisme, mais aussi par rapport à leur passé non-chrétien. Au vu de ces réflexions, la problématique de ce projet de recherche vise à étudier comment ces productions, ou images-objets, ont pu influencer les mentalités et les pratiques durant le processus de christianisation de ces territoires, tant au niveau de leur production que de leur perception par les populations locales. Ce projet approche la problématique sous une perspective anthropologique afin d’apporter une perception nouvelle des productions, puisque les systèmes culturels étudiés, bien qu’ils aient disparu depuis longtemps, méritent de l’être sous une perspective qui soit la moins ethnocentrique possible et en faisant preuve de réflexivité. Il s’agit de montrer l’influence du christianisme dans les changements des pratiques visuelles et culturelles des populations celtes, anglo-saxonnes et pictes, ainsi que l’influence exercée par ces dernières dans les pratiques visuelles chrétiennes. Le projet sert également des réflexions plus larges en histoire de l’art et en anthropologie sur l’interrelation entre image et objet, sur leurs effets dans une société ou sur un public spécifique, et sur leur acteur-réseau dont l’étude d’actants autant humains que non-humains, par leurs interactions et circulations, permet de faire ressortir un monde social qui expliquerait comment les productions apparaissent et agissent autour d’elles. Étudier ces productions comme des agents sociaux, exerçant une agentivité sur les humains et sur la société dans laquelle elles évoluent, pourrait ainsi montrer que les images possédaient autant d’influence que des agents humains dans la christianisation. Il n’est pas simplement question de réponses émotionnelles à l’esthétique d’un objet, mais de la fonction active des images-objets dans la conversion au christianisme des îles Britanniques. Dans ce contexte, il s’agira de mettre en avant le rôle fondamental des sculptures à une échelle plus locale et plus proche du peuple. Leur iconographie, utilisant un langage adaptatif visuel — c’est-à-dire accommodé au christianisme, mais en utilisant des motifs familiers des populations locales —, et les rites formés autour de ces croix monumentales ont aidé, d’une part, à l’éducation des populations locales et à l’élaboration de performances liturgiques, et d’autre part, à la conversion du paysage tout en construisant un nouvel imaginaire collectif. D’autres productions sont d’intérêt : les broches permettaient aussi d’affirmer une appartenance, une forme d’identité au christianisme, avec des particularismes propres à chaque royaume. Ces objets, révélateurs de statut social, jouaient un rôle politique dans la diffusion du christianisme en intégrant de nouvelles significations chrétiennes aux anciennes, permettant ainsi la sauvegarde de leur usage. Leur utilisation continue par les aristocrates leur a conféré une agentivité sociale et a permis de les faire prospérer en tant qu’outil visuel, autant social que religieux, afin d’affirmer l’identité chrétienne du porteur.